samedi 27 août 2016

Les Seychelles cet « Ailleurs rêvé »

J’ai rêvé d’ailleurs avec plein d’espérance
Et traversais pour cela le cap de bonne espérance.
J’ai rêvé d’ailleurs et ce fut à Dakar
Et dans mon rêve j’arrivais à Madagascar
Pour m’approcher d’un but
Qu’ardemment atteindre, en vrai, je voulais.

Mon Dieu que voyager est bon ;
Qu’être ailleurs est en la vie le talon
D’un projet bien mené
Qu’on atteint comme la pierre venu d’un jet
D’une terre où heureux on a bien vécu
Et à présent rêve d’un autre ailleurs.

Maintenant j’arrivais à Victoria
Je commençais à humer son air
Quand Tamataka, Cascade et à Anse Royale
Unirent leurs voix pour dire l’éloge,
L’éloge de Grand’Anse et de Praslin Island.
Mon Dieu comme merveilleux est l’ailleurs,
Merveilleux comme Félicité et Mariane,
 Iles de l’Est qui gardent en La Digue
Leur sœur de l’Ouest  leur estime tout en bonté.

Mahe Island et Cerf Island ont pour voisine
La merveilleuse Sainte Anne Island
Cousin et Cousine Island en rang serré,
Et très amoureuses, regardent vers Praslin Island,
Et le trio d’amoureux peut s’associer à Curieuse Island
Pour montrer le merveilleux que Silhouette,
L’autre île voisine, précieusement garde
Du fond du Beau Vallon Bay,
Un autre ailleurs Seychellois,
Saisi dans un grand ensemble que forme la famille d’îles,
Cet « Ailleurs rêvé » que sont Les Seychelles.

Daniel TONGNING

19 janvier 2016

samedi 23 juillet 2016

Benjamin GUIFO : Éloge à un Frère disparu

Hier soir, le vingt-deux juillet de cette année de l’an deux mil seize, j’apprenais sur ma page Facebook la mort à l’hôpital Laquintinie à Douala, de mon ami et frère Benjamin Guifo par un message d’ ‎Erick Jiongo‎ du Réveil Bamiléké ainsi délivré :
« Notre forum est en deuil. Notre membre Benjamen Guifo nous a quitté ce matin de suite d'un AVC ». Pionnier de ce forum il était un intellectuel au vrai sens du terme. Faisait des contributions sur les sujets de droit de l'homme, de développement et de coaching qui étaient d'ailleurs ses passions. Nous perdons là un bon membre, et ce jour est noir pour les Bamilékés. »
Je ne pus oublier l’échange que j’ai eu avec lui ces derniers jours. Il me parlait de sa santé ; de ses projets et il s’intéressa au voyage que j’envisageais de faire au Cameroun.  Je doutais quand même de l’information et avant d’aller me coucher, je demandais à un de nos amis communs de vérifier sur place l’information pour moi. Au réveil, je ne trouve sur le net que des messages tristes. Maintenant je sais : Benjamin Guifo a disparu.
Nous nous sommes rencontrés par l’écriture et avons collaboré. Nous nous sommes trouvés frères et il me donnait toujours du « Grand Frère » et moi je trouvais en lui un « très cher ». Si à cet instant mes larmes mouillent mon clavier pendant que je rédige ce mot, je dois penser à sa famille, à sa compagne et à ses enfants et leur dire ma compassion ; je dois penser à ceux qui l’aiment et aussi à ses contestateurs qui perdent un grand contradicteur. Je dois penser au Pays Bamiléké et au Cameroun qui perdent un enfant qui leur voulait du bien.
Je n’ai pas des mots pour dire qui était Benjamin Guifo mais, je dois revenir à la préface qu’à sa demande amicale, j’écrivis pour son œuvre « Mots pour Maux » publiée aux éditions Edilivre:

Préface Mots pour Maux

Je connaissais Benjamen GUIFO depuis peu. C’est lui qui m’a trouvé. Il m’a parlé de lui, puis, de son ouvre avec beaucoup d’humilité et a bien voulu me la faire lire. Moi, j’aime les poètes et la poésie. Les poètes d’abord parce que, pour eux, du moins pour certains, la poésie permet de voir au-delà du réalisme. Il en est ainsi parce qu’elle est un art dont la mission est de réveiller la conscience, le peuple, de les sortir de la torpeur où peuvent les maintenir le mensonge, la propagande, la peur, la compromission, la facilité, la lâcheté et même l’art officiel. Le poète a alors, cette fonction de les réveiller, et la poésie, en cela, est son arme. La poésie ensuite, et justement parce qu’elle interpelle, éduque, et éveille les consciences ou le peuple. Alors, je l’aime pour cela puisque c’est sa fonction. Elle peut l’exercer. Je devrais dire qu’elle doit l’exercer, parce que c’est sa mission. Elle a parfaitement le devoir de se saisir du rôle politique, social et moral en raison aussi, de sa fonction éthique. Elle le peut car elle est capable de susciter l’engagement du lecteur si elle parvient à le toucher.  Alors, je comprends que le thème de l’amour sert de point d’attaque dans l’œuvre de Benjamen GUIFO. Comme le poète voit plus loin que la simple réalité, comprend mieux les misères amoureuses des citoyens et les frustrations des peuples, il s’érige, lui le poète, comme le pensait Hugo, en guide, voire en porte-parole des opprimés. Je le dis parce qu’il n’y a pas que des opprimés politiques ou raciaux. Des opprimés en amour sont légion dans nos sociétés. Alors, le rôle du poète dans les combats est tenu en haute estime, et le poète, regardé en prophète, acquiert une fonction éthique. Face aux tragédies que sont toutes les guerres (mêmes amoureuses), la poésie traduit les émotions et les interrogations du poète. Elle obéit alors à la mission que lui assigne celui-ci et, par le dépassement du drame individuel, elle peut crier, accuser et espérer. Par ce livre, le poète Benjamin GUIFO est parmi nous. Il est dans le monde. Son recueil de poème m’a séduit. Ce livre est d’abord un titre singulier par sa pensée, inquisiteur lorsqu’il pointe l’inacceptable, investigateur lorsqu’il annonce l’heure des comptes. Ensuite, par son contenu, c’est un trésor des mots d’amour, pour des maux de la vie. Voilà une manière toute trouvée pour rappeler à chacun que l’amour n’est ce qu’il est, que parce qu’il peut, en s’élevant plus haut, révéler les souffrances et faire de l’action amoureuse, la dénonciation des maux qui rongent la femme, l’homme et la société. L’amour dans ce recueil nourrit l’inspiration de Benjamen GUIFO. Il apparaît beau et désirable sous sa poésie. Ce recueil comme une anthologie se donne en un langage qui, sous plusieurs univers (poèmes), résume en un seul tenant, le rêve du poète, une vision…

C’est ainsi que je trouvais Benjamin Guifo et ma pensée n’a pas changée.

Daniel TONGNING
23 juillet 2016

vendredi 1 juillet 2016

Abdou Diouf, l’autre Homme du Sénégal

Il n’est pas Senghor,
Il ne le revendique pas
Il est juste le prolongement providentiel
D’un homme qui comme lui
Voulut donner au monde la vision
Bien africaine de l’universalité,
De ce qui fait l’homme et qu’on nomme culture. 

En prenant la suite du «père de la nation»,
Son poète de la «négritude»,
Il devenait un autre homme du Sénégal.
Homme politique comme Sédar,
Ecrivain comme le président poète,
Il accepta et permis l'alternance au Sénégal.

Comme Senghor sur le continent africain,
Il est un personnage historique
Qui a su poursuivre  l’œuvre de son maître,
Et consolidé la démocratie sénégalaise.

Ecrivain, son livre de Mémoires montre,
Plus qu’un écrivain un talent.
Homme d'Etat, il a, ces dernières années,
Celles des décennies du XXe siècle
Profondément marqué le monde francophone.

Référence démocratique,
Personnage en terre africaine,
Homme affable et discret,
Abdou Diouf sut relever le défi de succéder à Senghor
Sans vouloir remplacer l’irremplaçable intellectuel.

Il sut faire jouer un rôle non négligeable
A son pays le Sénégal dans le concert des nations
Et l’Afrique  et le monde, toujours s’en souviendront.

Abdou Diouf, l’Autre Homme du Sénégal ? Il est !
A sa manière sans doute, mais seghoriennement.
Le Sénégal, doit être fier de ses grands hommes.

Daniel Tongning

Temps des souvenir - Garges-Lès-Gonesse, 09 avril 2016

vendredi 29 avril 2016

Du bon usage des pouvoirs

Les pouvoirs, tous les pouvoirs,
Comme celui d'haïr,
De chérir
D'aimer,
De conduire;
De gouverner;
De défendre,
De donner
D'aimer
Et bien d'autres,
Posent toujours la même question,
Celle du bon usage.

Mais l'usage, même à bon escient,
De celui qu'il faut contester et qu'on conteste,
Est l'usage du pouvoir du mal.
Alors que celui qui en fait usage
De l'extase y retire,
La douleur aux victimes qu'inflige son exercice
Reste la question de la quiétude,
Du bien et du juste que dans sa besace doit mettre
L'homme et la femme dont le bonheur bien certain reste
Et sera en tout temps la recherche.

Aimer les pouvoirs c'est bien mais avoir celui d'aimer
De bien gouverner,
De bien chérir
De bien conduire,
De bien défendre
Et de bien d'autres, aide vraiment
Mais seulement si, avoir l'art de ne pas user de celui
D'haïr,
De faire du mal
D’éconduire quand on peut accompagner
Et faire dans le bien contre le mal
Le juste contre l'injuste
Est celui qu’on doit rechercher en premier
Pour celui qui veut à  un bel avenir parvenir.


Daniel Tongning (29 avril 2016).

mardi 12 mai 2015

Les Nouveaux esclavagistes

Dans la rue entraînée par la colère, une foule compacte et nombreuse,
Comme une lave purificatrice dévalant une pente, criait à la trahison
Et ordonnait : dehors, dehors, les nouveaux esclavagistes.
La colère, fille de l’exaspération
Et la révocation, témoin de l’échec du pouvoir
En chœur constataient la mutation en agent de la servitude
Les serviteurs des institutions.

De fusils armés, des casques coiffés, et par des chars soutenus,
Des guerriers, défendant le pouvoir, chargeaient la foule,
L’arrosaient d’un liquide douteux.
Les crépitements des armes effrayaient,
Les armes vomissaient le feu et fauchaient comme des mouches
Les citoyens qui tombaient, et morts, ne se relèveront plus.

Tout laissait penser que cela se fera,
Et on redoutait le moment où cela se produira.
Le pouvoir avait depuis perdu son humanité et la démocratie son sens.
La terreur avait remplacé le débat citoyen
Et la peur régnant terrorisait les consciences,
Imposait l’exile aux affamés économiques,
La prison aux patriotes affamés des débats.

Tout le monde le pensait
Et espérait néanmoins un sage renoncement
Qu’en homme digne,
Sacrifiant le personnel intérêt à la cause de la nation,
L’homme désigné à la fonction de gouverneur
Pour une période délimitée, 
Ne voudra par force s’imposer à l’Etat,
Et par malice se proclamer à vie souverain.

Tout le peuple le pensait mais espérait
Que pour son profit, il ne confisquera ni bien, ni titre et fonction,
Et saura se retirer lorsqu’il aura fait un mauvais pas,
Ou partirait à la fin de son mandat
Pour en dignité gagner
Ou pour ne pas voir se répandre partout le sang
Comme les eaux furieuses  d’un torrent tumultueux,
Ou voir le peuple trahi, révolté et en colère,
En foule déchaînée des citoyens, prendre les rues.

Toutes les nations le savaient
Et le peuple trahi attendait leur réaction.
Inquiet, ce peuple espérait pour sa souveraineté,
Le respect  par  l’homme qu’il avait choisi,
De ce qui, pour la nation, était fondamental
Et voyait en l’élu à la fonction du souverain républicain
L’honnête serviteur qui, maintenant,
Officiant à la tête de sa milice
Levait en conquérant contre la nation,
Le bouclier en envahisseur
Et renversait au nom du sien
L’ordre constitutionnel et républicain. 

L’homme, lui, est pugnace, à volonté  belliqueux
Les titres et les honneurs lui appartiennent 
La fortune de la nation est dans ses poches
Toutes les forces lui obéissent
La cohorte des profiteurs chantent à sa gloire
Des pouvoirs détournés sont ses instruments
Et les étrangers à la cause de la Nation sont ses alliés
La morale qui n’est pas celle de son camp
Est soupçonnée de complicité
Et d’intelligence avec les forces externes.

Accroché au trône, il édicte mille et une lois,
Enonce avec force les interdits contre le peuple,
Peuple révolté qui en foule occupe les rue et dans sa dispute
Veut garder sa liberté et son pouvoir de décision.
Dans les villes et les campagnes, les murmures et les cris
Montent et le bourdonnement envahit les oreilles des nations.
Liberté, liberté crient les mondes libres.

Pas d’esclavagistes, loin de nous la dictature, crient les populations.
Respect de la constitution et de la nation; démocratie, liberté de vote :
Dit le monde impuissant contre les nouveaux esclavagistes.
Les nouveaux esclavagistes, comploteurs contre l’Etat et la nation
Ils sont là, accrochés au pouvoir,
Ils soumettent  leur peuple à mille servitudes
Et leurs imposent leur volontés par mille malices,
Soulèvent au besoin une partie du peuple contre l’autre
Lorsque, coûte que coûte, il faut s’accrocher au pouvoir.

Quand donc grandiront-ils ces genres de gouverneurs,
Quand donc deviendront-ils de bons démocrates,
Quand donc comprendront-ils que leur peuple a grandi,
Et quand donc  les pauvres peuples d’Afrique se libéreraient-ils
De tels maîtres qui les ridiculisent et les martyrisent ?

Daniel Tongning,

mai 2015

vendredi 8 mai 2015

ILS ONT DE L'ESPRIT

Ô gens de Bamendou, de Baleveng, de Bafou, de Foto et  d’autres ;
Le soleil n’était pas encore au zénith
L’herbe des champs se souvenait encore de la rosée
Et les arbres commençaient à peine à sentir la chaleur
D’un soleil qui ne faisait que son parcours quotidien
Et entre l’Orient et l’Occident, se disait encore loin du but.

Le soleil n’était pas encore au zénith
Les femmes tôt arrivées au champ pensaient déjà
A sortir du sac les repas du midi,
L’histoire de reprendre des forces perdues lors de l’engagement
Commencé dès l’aurore pour préparer la terre
Qui dès avril accepte les semences
Pour donner à l’humanité, ce que l’on nomme la récolte,
Et dont la vie pour continuer a besoin.

Le soleil arrivait maintenant au zénith
Et toute activité s’arrêtait pour laisser passer le soleil
Qui éloigne vers l’inconnu la cohorte des mauvais esprits qu’il enterre
Je ne sais où, avant de poursuivre sa route vers l’Occident qui attend
Lui aussi d’être bien éclairé comme les pays d’orient et de Midi
De la bonne lumière et d’être comme eux chauffé de la bonne chaleur.

Le soleil était vraiment  au zénith
Bamendou, Baleveng, Bafou, Foto et autres villages de la contrée Yemba
Etaient calmes et leurs peuples au bonheur accompli
Travaillaient à seulement bien grandir en cultivant la sagesse qui les guide
Et les aide à traverser des siècles et à cultiver le bien vivre et le bien combattre
Puisque le bonheur ne suit que le bon combat et ne combat que pour le bon sens.
Du haut de la haie de bambous de raphia qui encadrent des arbres bien alignés,
Heureux de délimiter en bocages les concessions
Je regardais ce bon agencement des choses et déclarais qu’ils ont de l’esprit,
Ces gens du Grass Field, ou comme on dit, ces Grafis –là, ces Bamiliékés-là.
Daniel Tongning

Garges-Lès-Gonesse, 8 mai2015

mercredi 15 avril 2015

Les Poètes romantiques camerounais

Révolutionnaires parce que désabusés par l’évolution de leur pays ; contestataires parce qu’ils dénoncent l’inacceptable qui exaspère, les poètes camerounais aujourd’hui, sont comme ceux de lépoque de « La Ronde des poètes », l’armée furieuse qui conteste et refuse  qu’à l’encre rouge, on biffe ce qui, par rapport à la vérité, a toujours été et fondé la bonne conduite des choses de la vie. J’ai trouvé en ces poètes-là du romantisme parce qu’ils aiment la vie et veulent, par leur façon, voir au monde de demain celui qui sera le plus beau, le plus beau et mieux à vivre.

Le Romantisme, dans notre esprit, désigne un art, une pensée et un état d’âme caractéristiques de ces poètes camerounais que j’ai eu le privilège de lire. Je ne les réduis pas seulement à cela, car ils sont bien plus grands et se sont exprimés sur d’autres sujets et bien mieux, et ne sont pas seulement romantiques. Mais, je m’oblige à retenir chez eux ce qui me sied : le romantisme, et bien mieux, le romantisme camerounais. Ils ont tous cet art oratoire bien camerounais qui les caractérisent (I), et leur insatisfaction les oblige à crier leur amour de l’Afrique, du Cameroun et de la vie tout simplement dans un romantisme tout aussi camerounais (II).

I – Caractéristiques du romantisme camerounais

Ce qui caractérise ce romantisme-là, c’est en premier son art oratoire et sa question théorique. L'art oratoire il est vrai,  est aussi vieux que le monde et a connu son paroxysme voire son apogée à l'époque des orateurs de l'antiquité. Mais, n’allez pas croire qu’il s’agit de l’antiquité européenne. J’ai toujours entendu dire, dans la société camerounaise de l’Ouest, que celui qui sait dire plus que qui conque, les choses avec une manière qui sied le faisait avec art. Si dans le peuple des voix louent ainsi la dextérité oratoire des uns de ses membres, c’est qu’elles apprécient l’exécution selon des règles un art oratoire camerounais. Je sais aussi que dans toutes les sociétés camerounaises, les peuples ont et pratiquent cet art, et comme ils détiennent une part de la vérité universelle, il est bon de reconnaître qu’ils l’ont depuis leur antiquité dans leur patrimoine culturel. Ils ne la tiennent d’aucun autre peuple et n’ont rien plagié sinon qu’ils ont toujours cultivé cet art-là. Les gens des cultures importées ont, le temps de leur domination sur la société africaine, fait croire que les sociétés de ce continent-là n’avaient pas de culture et dont pas d’antiquité, et ont prétendu leur apporter une dont l’antiquité serait plus éclairante, mensonge que la culture africaine dénonce, en allant chercher dans l’oralité la justification.
Aujourd'hui le Cameroun voit son art oratoire refaire surface, sous une autre dynamique et donner plus de sens à l'oralité traditionnelle. Les comédiens (Avec Jean-Michel Kankan et bien d’autres plus jeunes) et d’autres artistes le montrent. On peut parler dorénavant de "néo-oralité" ou d'art oratoire moderne qui siège près de la tradition orale. L'art oratoire moderne prend plusieurs formes : les pratiques de prise de parole en public à l’occidental, les improvisations et le débat compétitif et structuré avec le Slam par exemple. En somme, c'est l'art de bien parler, l'art de convaincre.
J’ai appris, et c’est la seconde caractéristique du romantisme camerounais, que le développement de cet art prenait une autre dimension et que  la ville de Dschang se « dotera d’un Atelier de formation des jeunes aux techniques d’Art Oratoire et de prise de parole en public ». L’Atelier, disait-on devait avoir pour cadre l’AFC de Dschang, acteur culturel dans cette ville.
La poésie, dans le développement de cet art, prend toute sa place. Les écrivains aiment  l’art oratoire et dire son poème en public comme l’ont fait récemment les jeunes du Cercle Littéraire des jeunes du Cameroun, c’est mettre aussi l’oralité en compétition avec l’écrit.  La poésie, comme art d’expression du romantisme, se trouve privilégiée comme étant plus apte à décrire les passions et les mouvements de l’âme. Les poètes romantiques camerounais, puisqu’on en n’a pas encore parlé, du moins à notre connaissance, intriguent car la question de leur source d’inspiration se pose et naturellement la question théorique de son discours poétique: sa seconde caractéristique. La poésie romantique camerounaise est une poésie universelle progressive. Elle n'est pas seulement destinée à réunir tous les genres littéraires séparés de la poésie mais veut aussi faire se toucher poésie, philosophie et rhétorique. On comprend qu’elle ne peut échapper à l’analyse théorique de son discours et de sa source d’inspiration par exemple.
L’Afrique, le Cameroun, la vie sociale, les pouvoirs, l’asservissement de l’homme par le développement et l’amour de l’être aimé entre autres, constituent en quelque sorte, les paysages qui fondent leur inspiration. Paysage et état d’âme se retrouvent dans la poésie des romantiques camerounais et nous font dire que la nature de cette poésie n’est pas seulement d’être camerounaise, mais aussi d’être une poésie confidente, consolatrice, et un compagnon sur le chemin de la vie. A travers elle, le romantique exprime sa sensibilité. On cherche ses symboles, et la découvre contemplative comme disait Victor Hugo et le poète, ce rêveur d’un  lendemain meilleurs qui fonde l’espérance comme Djimeli Raoul dans « Exaspération et espérance, fait penser aussi  à la correspondance de Baudelaire.
Leur attrait pour l’Afrique (Benjamin Guifo dans Au-delà des mots) pour le pays camerounais (Raoul Djimeli dans En attendant les jours qui viennent) et ce que la vie y impose n’exprime-il pas le goût d’une sorte de pittoresque ? Et ne sommes-nous pas face à un mode du « nouveau monde poétique», des mondes sous l’emprise du mondialisme où la vie est de plus en plus difficile ?
Dans l’expression de ce romantisme tout camerounais, l’étrange vient parfois de notre passé puisque les romantiques se passionnent pour l’Afrique et le Cameroun d’aujourd’hui où il faisait moins bon vivre ( Jean-Claude Awono dans « A l’affût du matin rouge ») ; pour le Cameroun qui doit encore se libérer de la domination pour être capable de se faire confiance ou bons patriotes-gestionnaires du mieux-être, et pour construire l’avenir que l’expression de l’espérance charrie comme des ruisseaux nés des pluies diluviennes qui charrieraient des cailloux.
C’est ici qu’on trouve le Moi des romantiques camerounais. Le romantique est ici le poète ou le romancier lyrique. Si l’écrivain d’aujourd’hui donne à voir un individualiste qui met sa sensibilité et son art à son propre service, c’est que le moi de l’enfance, le moi amoureux, le moi en quête du bonheur voire de spiritualité, reste la source d’inspiration. Pour cela, il faut qu’il y ait eu un «Mal du siècle» qui a enclenché en lui le sentiment de malaise d’où l’insatisfaction, son crie d’amour et le développement d’un discours romantique.

II – Le romantisme camerounais

Sentiment de malaise et d’insatisfaction, voilà, peut-on dire, ce qui engendre le romantisme camerounais. Il éprouve un sentiment d’inadaptation par rapport à la rapidité des bouleversements historiques. Si nous regardons Musset dont le héros déplore l’absence d’idéal, l’impossibilité de s’illustrer sur les champs de bataille depuis la défaite de Waterloo, on peut dire que les jeunes poètes camerounais font en quelque sorte le même constat puisqu’ils ne peuvent pas s’illustrer dans le champ de la bataille pour réussir la vie depuis la chute du colonialisme. Le romantique camerounais pense ne plus avoir sa place en ce monde auquel il ne s'identifie plus. Mais sa révolte l’emmène à imaginer les temps nouveaux. Alors, en proie au «vague des passions» il s’indigne ou, accuse la société qui ne le comprend pas. Il s’en prend à l’esprit corrompus des usurpateurs des pouvoirs et l’embourgeoisement de corrompus, au non développement incluant la jeunesse. Comme ailleurs dans d’autres sociétés, le romantique camerounais est avant tout un anticonformiste qui provoque pour masquer peut-être son malaise ou pour montrer le disfonctionnement de la société.
L’homme, on le sait, est voué à la souffrance. Le romantique sous son effet, finit par s’enfermer dans la tristesse ou la passion amoureuse dont il semble avoir besoin. Lyrique, la compassion jaillit de son âme et, révolté et voulant faire triompher la justice, il peut comme  Paul Dakeyo, dire en amoureux : nous reviendrons. Le thème du déclin, de l’automne d’une vie difficile et de ses tempêtes, est un lien commun de l’esprit romantique. Etre à part, voué par la volonté du bon Dieu à un destin sur lequel il n’a aucune prise, le romantique va mettre à profit cette insatisfaction pour échapper au monde soit par le rêve et l’espérance (Abad Boumsong, auteur du livre " Le Livre du néant", Raoul Djimeli in Exaspération et Espérance, inédit) puisque l’imagination est «la reine des facultés» et «grande plongeuse» par l’évasion dans le temps, l’espace,  le goût de l’horreur est de voir en « demain », le temps des réalisations des projets, fruit de l’espérance : il voudra par le dépassement de la pensée réaliser la  transformation du monde. On sent que le romantique reste insatisfait et pour rester confiant dans l’avenir, la question est : d’où vient sa force de sa foi en l’avenir.
Pour le romantique, la passion est une source d’énergie. Si le romantique reste un insatisfait  face aux évolutions imparfaites du monde et des situations, et manifeste sa tristesse et sa révolte, c’est qu’il n’est pas satisfait. Cette insatisfaction et cette tristesse peuvent cependant être positives dans la mesure où elles deviennent chez certains romantiques une source d’énergie et de révolte (Benjamin Guifo dans « Mots pour Maux », Paul Dakeyo avec nous reviendrons). La détermination à revenir, fait du romantique un révolutionnaire et le lyrisme dans son expression vient nourrir sa passion.
L'exaltation de la passion est source d’énergie, et la méditation sur l’histoire montre qu’au sentiment de la fuite du temps, de la vie éphémère de l’homme, l’écrivain romantique peut opposer des vastes mouvements de l’histoire (Daniel Tongning avec « Discours poétiques »), les épopées de l’humanité comme le firent Chateaubriand et Hugo et Paul Dakeyo et bien d’autres dans le monde poétique camerounais.
L’engagement du Poète romantique dans l’action politique ou sociale comme le firent Lamartine, Hugo, et Vigny en leur temps et aujourd’hui Daniel Tongning, ne révèle qu’une prise de conscience du romantique d’une mission à accomplir pour l’amélioration du sort de l’humanité. Alors le poète est un guide, un phare, un mage, un «prophète chargé d’une mission divine. Jean-Claude Awono avec « A l’affût du matin rouge », met l'art poétique au service des hommes par une participation directe aux problèmes de son temps. Ici, l'écrivain engagé est actif dans son époque, et son œuvre a pour lui une utilité immédiate. J’y vois une sorte de réquisitoire contre le traitement imposer à l’Enseignant qui ne doit qu’obéir et qui a choisi de combattre contre la dictature de l’administration. Pourtant, à l’origine, le romantique ou le poète est politiquement conservateur. Il n’est pas le révolutionnaire mais un individualiste et un élitiste qui prône le patriotisme, et ce n’est que progressivement, avec la complexification des situations vers le regrettable qu’il évoluera vers la démocratie et l'internationalisme.
Le romantique camerounais est toujours en quête d’un absolu. Aussi, comme l’homme est avant tout une âme, il a la faculté de choisir le Bien contre le Mal, l’Esprit contre la Matière. Les poètes romantiques camerounais expriment dans leurs œuvres cette recherche du bien. On retrouvera ici aussi bien René Philombe avec « l'homme qui te ressemble », chez Benjamin Guifo,  Daniel Tongning que chez Jean-Claude Awono et Raoul Djimeli cette recherche du bien contre le mal.
Au total, Le romantisme camerounais, une nouvelle sensibilité qui proclame le culte du moi du poète, est l’expression des sentiments de celui-ci jusqu'à ses passions. Issu des bouleversements politiques et sociaux camerounais, il met l'homme et l'artiste devant un destin improbable et inquiétant. La vision dramatique de l'humanité camerounaise par ces poètes est commune à tous les arts, même au théâtre à la camerounaise, sous la magnificence des décors qu’offrent les salles ou les paysages divers qui le fondent. Le réel, que ces romantiques rendent expressif, dramatique, l'emporte sur le bel idéal proclamé et jamais atteint.
Lyrique, le poète privilégie des genres particuliers comme l’élégie ou la célébration, variant les tons et allant du chuchotement au cri, exprimant aussi bien le bonheur, l'exaltation que la douleur, le désarroi ou le sentiment du tragique. J’ai trouvé tout cela dans l’expression des poètes camerounais. Leurs réactions et leurs sentiments en font des lyriques et leur lyrisme ne dissocie pas leur expression de la poésie engagée. Le lyrisme romantique sait s'élargir et, dépassant les thèmes de l'amour et de la fuite du temps ou de la nature, pour s'ouvrir à une inspiration humanitaire et alors, exprimant tantôt une interrogation pathétique sur le destin de l'humanité, tantôt une foi enthousiaste dans l'humanité, sait être protestataire.
Il est donc certain qu’il y a dans le monde poétique camerounais, des poètes romantiques. Ce romantisme-là pose plus de questions et interroge le monde littéraire camerounais. Nous avons soulevé le problème ; il reste à le traiter. La question de la poésie romantique camerounaise se pose désormais et celle de son fondement théorique devra, elle aussi, être abordée. Ces deux questions interrogeront le chercheur sur connaissance de la famille poétique camerounaise aujourd’hui dispersée.
Pour les poètes romantiques camerounais,  nous ne les avons pas tous cités. Nous n’avions pas cette prétention et n’avons mentionnés que ceux que nous avons eu le privilège de lire en espérant découvrir les autres. Nous espérons que le Centre Littéraire des Jeunes Camerounais se fera le devoir de nous éclairer.

Daniel Tongning
Avril 2015